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Scandale académique à Besançon : un professeur accusé de faux diplômes

Dans le monde académique, la reconnaissance passe généralement par des années de recherches rigoureuses et de publications validées par les pairs. Mais que se passe-t-il lorsqu’un universitaire décide de court-circuiter ce processus en créant ses propres distinctions ? L’affaire qui secoue l’université de Besançon illustre les dérives auxquelles peut mener la quête de prestige dans le milieu scientifique.

Un spécialiste de Jules Verne au cœur d’un scandale académique

Florent Montaclair, enseignant-chercheur de 55 ans spécialisé dans la littérature fantastique du XIXe siècle et l’œuvre de Jules Verne, fait face à de graves accusations. Employé depuis deux décennies par l’Université Marie-et-Louis-Pasteur de Besançon, ce professeur de lettres est aujourd’hui soupçonné d’avoir orchestré une vaste supercherie.

Les faits reprochés sont pour le moins inhabituels : création d’une fausse distinction académique, fabrication d’un diplôme et usurpation de titres. Des accusations qui ont conduit à l’ouverture d’une enquête préliminaire début février par le parquet de Montbéliard.

Une médaille d’or entièrement fictive

Au centre du scandale figure la prétendue « Médaille d’or de philologie », que Florent Montaclair présentait comme l’équivalent du Prix Nobel dans son domaine. Une distinction prestigieuse dont il se serait lui-même paré.

Le procureur Paul-Édouard Lallois, de Montbéliard, ne mâche pas ses mots. En février dernier, il qualifiait cette affaire de « véritable supercherie à une échelle internationale ». Plus précis encore, il affirmait que « la Médaille d’or de philologie ne correspond ni plus ni moins qu’à une création de monsieur Florent Montaclair ».

Pour le magistrat, il s’agit d’une « histoire à dormir debout, digne d’un scénario de film ». Une formule qui résume bien l’incrédulité face à l’ampleur des manœuvres présumées.

Un doctorat américain tout aussi contestable

Mais l’affaire ne s’arrête pas là. L’enseignant-chercheur aurait également prétendu détenir un doctorat obtenu dans une université américaine douteuse, un diplôme qui n’aurait jamais existé.

Les enquêteurs le soupçonnent d’avoir falsifié ce document, ajoutant ainsi une couche supplémentaire à ce qui apparaît comme une construction méthodique d’une réputation académique frauduleuse.

Des poursuites pénales envisagées

L’enquête préliminaire vise trois infractions distinctes : faux et usage de faux en écriture privée, usurpation de titre, diplôme ou qualité, ainsi qu’escroquerie. Des qualifications pénales qui ne sont pas anodines.

Le procureur Lallois a clairement indiqué qu’il « envisage clairement des poursuites pénales », tout en précisant qu’« à ce stade », Florent Montaclair n’est pas mis en examen. Une situation juridique qui pourrait donc évoluer dans les prochains mois.

Une exclusion définitive de l’enseignement supérieur

Sur le plan disciplinaire, la sanction est tombée le 7 avril dernier. L’université a prononcé une mesure radicale dont l’intéressé n’a pas fait appel, la rendant ainsi définitive.

Mathilde Dehestru, directrice adjointe de la communication de l’Université Marie-et-Louis-Pasteur de Besançon, a confirmé cette information. Les conséquences sont sans appel : Florent Montaclair est désormais interdit d’exercer ses fonctions d’enseignement ou de recherche dans n’importe quel établissement public d’enseignement supérieur.

Concrètement, il « n’exerce donc plus aucune fonction au sein de l’université » et ne pourra plus jamais y revenir. Une carrière de vingt ans brutalement interrompue.

Un retour vers l’Éducation nationale en suspens

Malgré cette exclusion du supérieur, Florent Montaclair a été réintégré au sein de l’académie de Besançon. Mais ce retour administratif ne signifie pas un retour immédiat devant des élèves.

L’Éducation nationale a lancé son propre processus d’évaluation des faits. Les services académiques analysent actuellement son dossier pour déterminer la suite à donner. Ce processus pourrait aboutir à de nouvelles mesures disciplinaires.

Pour l’heure, l’ancien universitaire n’a été réaffecté dans aucun collège ni lycée. Son avenir professionnel reste en suspens, dans l’attente des conclusions de cette analyse et de l’évolution de l’enquête pénale.

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