Mort en prison d’un éducateur soupçonné de 89 viols : un procès avorté
L’affaire aurait pu devenir l’un des plus grands procès criminels de la décennie. Mais le destin en a décidé autrement. Un ancien éducateur, mis en cause pour des crimes sexuels d’une ampleur internationale, s’est éteint derrière les barreaux, emportant avec lui les réponses que des dizaines de victimes attendaient depuis des décennies.
La mort d’un suspect attendu devant la justice
Jacques Leveugle est décédé le samedi 19 septembre dans sa cellule, à l’âge de 79 ans. Atteint d’une maladie incurable, il n’aura jamais eu à répondre de ses actes devant un tribunal. Le parquet de Grenoble a confirmé cette disparition qui clôt brutalement une instruction judiciaire hors normes.
Incarcéré depuis février 2024, cet homme faisait l’objet d’une mise en examen pour viols et agressions sexuelles sur 89 mineurs. Des accusations vertigineuses qui s’étendent sur plus d’un demi-siècle, de 1971 jusqu’à une période récente.
Une empreinte criminelle présumée sur cinq continents
Les soupçons ne se limitaient pas aux frontières hexagonales. Les faits reprochés concernaient une dizaine de pays répartis sur cinq continents, témoignant d’une stratégie de prédation méthodique et internationale.
L’Algérie, le Maroc, la Colombie, l’Inde ou encore l’Allemagne figurent parmi les territoires où Jacques Leveugle aurait opéré. Profitant de son statut d’éducateur, il aurait exercé ce que les enquêteurs qualifiaient de « séduction intellectuelle » sur de jeunes personnes vulnérables, issues de milieux défavorisés.
Des meurtres familiaux également au centre des investigations
Au-delà des agressions sexuelles, l’homme était également soupçonné de deux homicides particulièrement troublants. Sa propre mère aurait été assassinée en 1974, et sa tante en 1992, selon les éléments rassemblés par les enquêteurs.
Ces crimes domestiques ajoutaient une dimension glaçante à un portrait déjà accablant, dessinant le profil d’un individu capable de s’en prendre à ses proches comme à des inconnus.
Des mémoires découvertes par un neveu : l’élément déclencheur
C’est une découverte macabre qui a permis de relancer toute cette affaire. En février 2024, le neveu de Jacques Leveugle est tombé sur des mémoires rédigés par son oncle, dans lesquels celui-ci détaillait ses actes présumés.
Ces écrits ont constitué le socle d’une enquête approfondie. Le 10 février, les autorités judiciaires ont lancé un appel à témoins, permettant d’élargir considérablement le périmètre des investigations et de recenser de nouvelles victimes potentielles.
Un dossier qualifié de « tout à fait singulier »
Lors d’un point presse, Étienne Manteaux, procureur de Grenoble, n’avait pas caché la nature exceptionnelle de ce dossier. Il l’avait qualifié de « tout à fait singulier », tant par l’ampleur géographique que par le nombre de victimes présumées.
Mais un obstacle juridique majeur se dressait : la prescription pénale. Seuls deux hommes, âgés respectivement de 43 et 45 ans, pouvaient encore voir leurs plaintes aboutir devant une juridiction pénale.
Un procès programmé en 2027 qui n’aura jamais lieu
La cour criminelle départementale de l’Isère devait accueillir ce procès aux allures historiques. L’audience était envisagée pour 2027, offrant aux rares victimes non concernées par la prescription une occasion de faire entendre leur voix.
Cette perspective s’est définitivement évanouie avec le décès du suspect. Les victimes survivantes se retrouvent privées de confrontation judiciaire, d’explications et, peut-être, d’un début de réparation symbolique.
La justice ne pourra désormais plus trancher sur la culpabilité ou l’innocence de Jacques Leveugle, laissant derrière lui un nombre incalculable de questions sans réponses et des blessures qui ne se refermeront jamais complètement.

