Marseille : le procès d’une mafia gérée depuis la prison
La criminalité liée au trafic de stupéfiants à Marseille se joue parfois jusqu’au cœur des tribunaux. Derrière les barreaux, certains cerveaux continueraient d’orchestrer des opérations sanglantes, semant la terreur dans les cités phocéennes. L’affaire jugée depuis le 23 mars illustre cette réalité glaçante où deux hommes ont payé de leur vie les règlements de comptes du milieu.
Un double assassinat dans une chambre d’hôtel
Le 30 août 2019, Farid Tir et Mohamed Benjaghlouli sont retrouvés sans vie dans une chambre d’un établissement Formule 1 situé aux abords de Marseille. Les deux victimes ont été exécutées dans un contexte de guerre de territoire pour le contrôle du trafic de drogue.
Cette tuerie s’inscrit dans une série de violences qui ensanglantent régulièrement la cité marseillaise, théâtre de rivalités impitoyables entre bandes criminelles. Les enquêteurs ont rapidement orienté leurs investigations vers un groupe criminel organisé opérant depuis les quartiers Nord.
Des peines maximales requises contre les accusés
Les cerveaux présumés de l’opération
Le ministère public a réclamé la réclusion à perpétuité pour Gabriel Ory, surnommé « Gaby », avec une période de sûreté fixée à 22 ans. Ce dernier serait l’un des dirigeants de la « DZ Mafia », qu’il piloterait depuis sa cellule.
Karim Harrat et Walid Bara, identifiés comme les commanditaires présumés de ce double meurtre, font également l’objet d’une demande de perpétuité. Un mandat d’arrêt a été requis contre Walid Bara, toujours en fuite et activement recherché par les autorités.
Les exécutants et complices
Concernant Zaineddine Ahamada, désigné comme le tireur présumé, ainsi qu’Adrien Faure, son complice supposé, le parquet a sollicité 30 ans de réclusion criminelle. Tous deux auraient joué un rôle déterminant dans l’exécution matérielle des victimes.
Amine Oualane, dit « Mamine », encourt quant à lui 18 ans de prison. Il aurait participé à la coordination de cette expédition meurtrière aux côtés de Gabriel Ory, contribuant à structurer les activités criminelles du réseau.
La DZ Mafia, une organisation tentaculaire
Selon l’accusation, la « DZ Mafia » constitue un groupe criminel marseillais dont l’influence s’étend bien au-delà des simples trafics de stupéfiants. Cette organisation serait impliquée dans le racket et chercherait à étendre son emprise sur plusieurs territoires stratégiques.
Particularité troublante : Gabriel Ory et Amine Oualane dirigeraient cette structure depuis leur cellule de prison, démontrant que l’incarcération ne constitue pas toujours un obstacle à la criminalité organisée.
Un procès mouvementé
L’audience, initialement prévue plus tôt, a débuté le 23 mars avec plusieurs jours de décalage. Des incidents d’audience ont perturbé le bon déroulement des débats, retardant l’examen de ce dossier explosif.
L’avocate générale a prononcé un réquisitoire ferme, appelant la cour à poser « une limite » aux « agissements mortifères » qui ravagent les cités marseillaises. Elle a insisté sur la nécessité de rappeler la valeur fondamentale de la vie humaine face à cette spirale de violence.
L’enjeu d’un verdict symbolique
Au-delà des peines individuelles, ce procès revêt une dimension symbolique dans la lutte contre la criminalité organisée à Marseille. Les réquisitions sévères traduisent la volonté des autorités judiciaires de briser l’impunité dont bénéficieraient certains caïds emprisonnés.
Le délibéré, attendu dans les prochaines semaines, dira si la justice parviendra à démantel er durablement les réseaux qui continuent d’opérer depuis les établissements pénitentiaires, transformant parfois les prisons en véritables centres de commandement.

