Attaque de Salman Rushdie : Hadi Matar condamné pour terrorisme, risque perpétuité
L’homme qui a tenté d’assassiner l’écrivain britannique-américain lors d’une conférence sur la liberté d’expression vient d’être reconnu coupable de terrorisme par la justice fédérale américaine. Cette nouvelle condamnation s’ajoute à celle déjà prononcée par un tribunal de l’État de New York.
Un verdict sans appel après une semaine de procès
Ce mercredi, un jury de Buffalo, dans l’État de New York, a rendu son verdict après seulement deux heures de délibérations. Hadi Matar a été déclaré coupable d’« acte de terrorisme » en raison de ses liens avec l’Iran et le Hezbollah libanais.
Trois chefs d’accusation ont été retenus contre lui : avoir tenté de fournir un soutien matériel au Hezbollah, classé comme organisation terroriste étrangère, avoir commis un acte de terrorisme transcendant les frontières nationales, et avoir fourni un soutien matériel à des terroristes.
Selon le ministère américain de la Justice, la sentence définitive sera prononcée le 3 novembre. L’accusé risque désormais la prison à vie.
Une attaque presque fatale en août 2022
L’agression s’est produite le 12 août 2022 à Chautauqua, dans l’État de New York. Salman Rushdie s’apprêtait à prendre la parole lors d’une conférence sur la liberté d’expression lorsqu’il a été violemment attaqué.
L’écrivain a failli perdre la vie et a perdu l’usage d’un œil suite à cette attaque au couteau. Il a témoigné pendant près d’une heure devant le tribunal, revenant sur les circonstances de cette agression.
Une double condamnation judiciaire
Cette condamnation fédérale intervient après une première sentence. En mai 2025, Hadi Matar avait déjà écopé de 25 ans d’emprisonnement par la justice de l’État de New York pour tentative de meurtre.
La nouvelle condamnation au niveau fédéral aggrave considérablement sa situation, avec une peine potentielle de réclusion à perpétuité.
Des motivations idéologiques selon l’accusation
Les procureurs ont mis en évidence le rôle central de la fatwa prononcée en 1989 par l’ayatollah Khomeini contre l’auteur des « Versets sataniques ». Des preuves accablantes ont été présentées au tribunal.
Des photos et du matériel du Hezbollah ont été découverts au domicile de Matar. Il utilisait même un faux permis de conduire portant le nom d’une figure du mouvement pro-iranien.
John Eisenberg, assistant du procureur général des États-Unis, a déclaré : « M. Matar a passé plus d’un an à s’immerger dans l’idéologie violente du Hezbollah et à se préparer à agir pour cette fatwa édictée par les ayatollahs iraniens appelant au meurtre de M. Rushdie ».
Michael DiGiacomo, procureur fédéral, a ajouté que l’accusé avait « choisi d’aligner ses valeurs avec les valeurs terroristes des dirigeants de l’Iran ». Les recherches et vidéos réalisées par Matar sur la fatwa ont également été produites comme preuves.
La défense annonce un appel
Nathaniel Barone II, avocat de Hadi Matar, conteste fermement cette qualification de terrorisme. Selon la défense, son client n’a jamais agi au nom d’une organisation terroriste.
L’avocat soutient que son client était simplement animé par la colère contre l’écrivain en raison du caractère prétendument blasphématoire de son livre. Il a d’ores et déjà annoncé son intention de faire appel du jugement.
Rushdie, entre doutes et résilience
Interrogé sur les motivations réelles de son agresseur, Salman Rushdie s’est montré prudent. « Je n’en ai aucune certitude. J’ai mes soupçons », a-t-il confié au tribunal concernant l’exécution de la fatwa iranienne.
Né en Inde et ayant passé une grande partie de sa vie au Royaume-Uni, l’écrivain a longtemps vécu dans la clandestinité sous protection policière britannique. La fatwa de 1989 n’a jamais été officiellement abrogée, même si l’Iran avait déclaré en 1998 ne plus chercher à l’appliquer.
« Le Couteau », une arme littéraire contre la violence
En 2024, Salman Rushdie a publié « Le Couteau », un récit détaillé de son agression. Dans ce livre, il imagine de longues conversations avec son agresseur, qu’il surnomme « l’Imbécile qui s’est imaginé des choses sur mon compte ».
L’auteur a expliqué à la chaîne ABC que l’écriture était devenue son arme de résilience. « Le livre, en soi, parle d’un couteau, mais lui-même est aussi un peu un couteau. Je n’ai ni armes, ni couteaux, c’est donc l’outil que j’utilise », a-t-il confié.
Il a ajouté : « C’est devenu ma façon de contrôler le récit, si l’on peut dire. » Après l’atténuation de la menace, l’écrivain s’était installé à New York où il a obtenu la nationalité américaine.

