Triple assassinat à Aix : le combat d’Amine Kessaci face aux barons de la drogue
La violence du narcotrafic s’invite une nouvelle fois dans les tribunaux français. Un procès hors norme s’ouvre ce lundi à la cour d’assises d’Aix-en-Provence, où cinq hommes répondront d’un triple assassinat particulièrement brutal. Au cœur de cette affaire, une famille déchirée par la criminalité organisée et un jeune adjoint au maire devenu le symbole de la résistance face aux réseaux.
Cinq accusés pour trois corps calcinés
L’audience qui débute ce lundi 19 octobre 2026 à Aix-en-Provence promet d’être exceptionnelle à plus d’un titre. Cinq hommes, dont deux figures notoires de la grande criminalité marseillaise, comparaissent pour un triple homicide lié au trafic de stupéfiants.
Entre décembre 2020 et janvier 2021, trois cadavres carbonisés ont été découverts à Marseille dans deux véhicules incendiés. Les investigations ont établi que les victimes évoluaient dans le milieu du narcotrafic et connaissaient leurs bourreaux. Elles s’étaient rendues, sans méfiance apparente, à un guet-apens mortel.
Parmi les personnes assassinées figure Brahim Chabane, âgé de 22 ans. Son identité résonne particulièrement dans cette affaire qui dépasse le simple fait divers criminel.
Amine Kessaci, du deuil à l’engagement politique
Brahim Chabane n’était autre que le grand frère d’Amine Kessaci, aujourd’hui devenu une personnalité publique incontournable dans la lutte contre les trafics. Cet écologiste de 23 ans, adjoint au maire de Marseille, incarne désormais la résistance face aux réseaux criminels qui gangrènent la cité phocéenne.
Lors du procès qui s’étale sur trois semaines, Amine Kessaci sera entendu comme partie civile. Une épreuve qu’il aborde avec détermination, malgré la douleur. « Ce procès pour moi il ne signifie pas la vengeance, il signifie la justice », a-t-il confié à l’AFP.
Face aux accusés, debout et droit dans les yeux
Le militant ne cache pas que cette audience « réveille des souvenirs et rouvre des blessures ». Pourtant, il se prépare à affronter ceux qui sont accusés d’avoir tué son frère. « Je serai debout et je les regarderai tous droit dans les yeux », a-t-il déclaré avec fermeté.
Cette détermination s’est forgée dans l’épreuve. Depuis plus d’un an, Amine Kessaci vit sous haute protection policière, menacé en raison de ses prises de position contre le narcotrafic.
Une famille doublement frappée par la violence
Le calvaire de la famille Kessaci ne s’est pas arrêté à l’assassinat de Brahim. En novembre 2025, leur frère cadet Mehdi, 20 ans, a été abattu par un commando à moto dans les rues de Marseille.
Ce meurtre a provoqué une onde de choc nationale. Contrairement à ses frères, Mehdi était totalement étranger au monde du trafic de drogue. Son assassinat a illustré de manière tragique jusqu’où peut s’étendre la violence des réseaux criminels.
Soraya Slimani, une des avocates représentant la famille, a souligné l’ampleur du phénomène auprès de l’AFP : « Avec cette affaire, je pense qu’on a dépassé le seuil de cette violence qui était particulièrement connue des uns et des autres ».
Un dispositif de sécurité exceptionnel
Compte tenu du profil des accusés et de la sensibilité de l’affaire, un important dispositif de sécurité a été déployé autour du palais de justice d’Aix-en-Provence. Les autorités ne prennent aucun risque face à ces figures de la criminalité organisée marseillaise.
Le narcotrafic, une menace croissante en France
Cette affaire judiciaire s’inscrit dans un contexte national préoccupant. Le narcotrafic connaît une montée en puissance qualifiée de « dangereuse » par les autorités, caractérisée par une violence extrême.
Des chiffres vertigineux
Le marché de la drogue en France représentait environ 7 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2023, selon le ministère de l’Intérieur. La cocaïne à elle seule pèse pour la moitié de ce montant colossal.
Les saisies de cocaïne par les autorités françaises témoignent de l’explosion du trafic. En 2023, 23 tonnes avaient été interceptées, un record à l’époque. L’année 2024 a vu ce chiffre bondir à 54 tonnes, puis à 84,3 tonnes en 2025. Le phénomène ne fait que s’amplifier.
Des réponses institutionnelles renforcées
Face à cette menace grandissante, le gouvernement a mis en place plusieurs mesures. Des quartiers ultra-sécurisés ont été installés dans les prisons pour isoler les figures de la criminalité organisée.
Surtout, le Parquet anti-criminalité organisée (Pnaco) a été créé. Depuis janvier, cette structure spécialisée pilote les investigations les plus complexes liées au narcotrafic. Le dossier du meurtre de Mehdi Kessaci figure parmi les plus sensibles dont elle a hérité.

