Négligences mortelles : parents lourdement condamnés pour la mort d’Esekia, 11 ans
Le drame d’Esekia révèle l’une des affaires les plus tragiques de maltraitance infantile par négligence. Ce jeune garçon lourdement handicapé est décédé dans des conditions insoutenables, victime de l’abandon progressif de ceux qui devaient le protéger. Un procès s’est tenu pour juger les responsables de cette mort évitable.
Une mort tragique causée par une dénutrition extrême
Le 30 mai 2023, Esekia s’éteint à l’âge de 11 ans dans un état de maigreur alarmant. L’autopsie révèle un poids de seulement 12 kilogrammes, un estomac totalement vide et l’absence de traces de son médicament essentiel, l’Artane, dans son organisme.
Les conclusions médicales sont sans appel : le décès résulte d’une dénutrition chronique aggravée. L’enfant, atteint d’une infirmité motrice cérébrale depuis ses 6 mois, nécessitait pourtant une surveillance constante et une alimentation adaptée.
Des condamnations lourdes pour les deux parents
Le 5 novembre dernier, la cour d’assises du Hainaut a rendu son verdict. Gilles Viaene, le père, écope de 21 ans de réclusion criminelle pour meurtre. La juridiction a retenu sa pleine conscience de la détresse de son fils.
Marjorie Brizard, la mère, est condamnée à 10 ans de prison. Elle est reconnue coupable de privation de soins et de nourriture ayant entraîné la mort sans intention de la donner, le tribunal ayant émis des doutes sur sa conscience du risque mortel.
Un enfant vulnérable privé d’assistance vitale
Diagnostiqué très tôt, Esekia avait besoin d’une aide permanente pour se déplacer et s’alimenter. Jusqu’en 2023, un centre spécialisé de Mons assurait son suivi médical et éducatif.
Cependant, les établissements de santé ont rapidement tiré la sonnette d’alarme. Les professionnels constataient une perte de poids inquiétante, des problèmes d’hygiène récurrents, des absences aux rendez-vous médicaux et la non-administration des traitements prescrits.
Un signalement sans suite
Face au désengagement manifeste des parents, le centre spécialisé a dû cesser son accompagnement en 2023. Les tentatives d’intervention des services médico-sociaux se heurtaient systématiquement à un refus catégorique de la famille.
Les parents ont également refusé l’intégration d’Esekia dans un autre établissement adapté, malgré les recommandations pressantes des professionnels de santé. Cette fermeture progressive a isolé l’enfant de toute aide extérieure.
Les dernières heures d’Esekia filmées par son père
Le jour du décès, Gilles Viaene envoie une vidéo à son épouse montrant leur fils en pleine détresse respiratoire. Malgré cette évidence de la souffrance de l’enfant, aucune intervention d’urgence n’a été déclenchée.
Cette passivité face à l’agonie de leur enfant a particulièrement choqué la cour. Les magistrats ont souligné que le père était parfaitement conscient de la gravité de la situation mais n’a entrepris aucune démarche pour sauver son fils.
Des négligences multiples et répétées
L’instruction a mis en lumière le mode de vie du père, marqué par la consommation d’alcool, de stupéfiants et une addiction aux jeux de hasard. Ces habitudes ont contribué à la négligence généralisée dont Esekia a été victime.
La mère n’a pas non plus assumé ses responsabilités maternelles. Le tribunal a constaté qu’elle avait manqué à ses devoirs fondamentaux, même si sa pleine conscience du danger mortel n’a pas été totalement établie.
Cette affaire soulève des questions sur les limites des dispositifs de protection de l’enfance et sur la capacité des services sociaux à intervenir lorsque les familles se ferment à toute aide extérieure.

