Drame de l’Aisne : le pitbull Curtis condamné à l’euthanasie
Cinq années après un drame qui avait profondément ému la France, le tribunal de Soissons a rendu sa décision. L’affaire, marquée par la mort tragique d’une jeune femme enceinte retrouvée dans une forêt de l’Aisne, vient de connaître son épilogue judiciaire. Au cœur des débats : la responsabilité du propriétaire et le destin d’un animal jugé dangereux.
Une promenade qui vire au cauchemar
Le 16 novembre 2019, Elisa Pilarski décide de partir se promener seule avec Curtis, le pitbull du couple, dans une forêt située au sud-ouest de Soissons. La jeune femme, qui portait un enfant de six mois, mesurait 1,52 mètre et pesait 56 kilogrammes.
Quelques minutes avant sa mort, elle compose le numéro de son compagnon pour appeler à l’aide. Christophe Ellul la découvre peu après, le corps criblé d’une cinquantaine de morsures canines profondes. Le décès est rapidement constaté.
Curtis désigné comme seul responsable
L’enquête a rapidement écarté la piste d’une meute de chasse à courre qui évoluait dans le secteur le même après-midi. Les investigations ont concentré leurs conclusions sur le pitbull du couple.
Les analyses scientifiques se sont révélées accablantes : l’empreinte génétique de la victime a été identifiée sur la babine supérieure de Curtis. Selon les conclusions judiciaires, l’animal, issu de lignées de chiens de combat, était capable de provoquer seul le décès d’Elisa Pilarski par ses morsures.
Un dressage fatal
Le tribunal a mis en lumière le conditionnement de l’animal. M. Ellul avait entraîné Curtis au mordant depuis son plus jeune âge, une pratique qui a façonné un chien conditionné à l’attaque. L’animal ne connaissait d’autre signal d’arrêt que la force, selon les magistrats.
Cette méthode d’éducation, combinée aux origines du molosse, a créé une situation explosive dont l’issue a été dramatique.
Quatre ans de prison avec sursis pour le propriétaire
Jeudi, Christophe Ellul a été condamné à quatre ans de prison avec sursis pour homicide involontaire. Le tribunal a toutefois requalifié les charges, écartant trois circonstances aggravantes initialement retenues.
Ont été abandonnés l’importation illégale de Curtis, le type de dressage au mordant non autorisé en France, ainsi que l’absence de précaution concernant les promenades solitaires de sa compagne avec l’animal.
Les magistrats et le parquet ont souligné que l’accusé était un homme profondément meurtri, habité par une grande culpabilité depuis les événements tragiques.
Le débat autour du sort de l’animal
Le tribunal de Soissons a ordonné l’euthanasie de Curtis, désormais âgé de huit ans et demi. L’animal est actuellement détenu dans un box d’un chenil en Haute-Garonne, maintenu à l’isolement en raison de sa dangerosité.
Un chien jugé incontrôlable
Curtis avait déjà mordu son propre maître ainsi qu’une bénévole par le passé. La présidente du tribunal a été catégorique : « Le confier à une association reviendrait à nier ce qu’il a été capable de faire et ce qu’il pourrait encore faire : tuer ».
Me Xavier Terquem-Adoue, représentant la famille de la victime, a résumé le dilemme : « Curtis n’y peut rien : il est victime de l’éducation de son maître. Mais le résultat, c’est qu’il est extrêmement dangereux. »
Une mobilisation sans précédent
La décision concernant le pitbull a déclenché une vague de contestation. Plus de 100 000 signatures ont été récoltées via plusieurs pétitions réclamant sa grâce. Des associations comme Les amis de Sam et AVA – Agir pour la vie animale s’étaient proposées pour accueillir et rééduquer l’animal.
Des manifestants s’étaient même rassemblés devant le tribunal de Soissons avant le rendu du délibéré, illustrant l’ampleur des émotions suscitées par cette affaire.

