Aveyron : un ex-policier accusé d’un double meurtre révèle l’horreur
L’affaire des « disparues de l’Aveyron » révèle aujourd’hui son ampleur tragique. Des documents judiciaires inédits dévoilent le scénario macabre d’un double meurtre présumé orchestré par un ancien policier. Entre enlèvement, violences et fuite internationale, le dossier glaçant reconstruit les derniers moments de deux victimes.
Un enlèvement brutal dans l’Aveyron
Le 19 mars dernier, Cédric Prizzon, 42 ans, ancien membre des forces de l’ordre, se présente au domicile d’Audrey Cavalié à Vailhourles, dans l’Aveyron. La quadragénaire de 40 ans, qui partageait autrefois sa vie, devient alors victime d’une agression d’une violence inouïe.
L’ex-policier la maîtrise brutalement, lui infligeant une blessure au front. Il utilise du ruban adhésif pour entraver ses mains et bâillonner sa bouche. Les enquêteurs découvriront par la suite des traces révélatrices d’un déchaînement de violence : du sang dans la baignoire, sur le mur de la salle de bains et au-dessus du porte-serviette.
Un expert judiciaire relève une « altération des traces » suggérant une tentative de nettoyage de la scène de crime. Audrey Cavalié est ensuite contrainte de monter dans le véhicule de son agresseur, en présence de leur fils de 12 ans.
Une fuite orchestrée vers la péninsule ibérique
Après avoir changé de voiture, le suspect retrouve Angela Legobien-Cadillac, sa compagne actuelle âgée de 26 ans, accompagnée de leur fille de 18 mois. Le rendez-vous a lieu près de Lourdes. S’organise alors une fuite en direction de l’Espagne, répartie dans plusieurs véhicules.
Angela et leur enfant prennent place dans une fourgonnette, tandis que Cédric Prizzon conduit une troisième voiture avec son ex-compagne séquestrée et leur fils. Une fois la frontière espagnole franchie, le convoi se regroupe dans un seul véhicule.
Des tensions explosives entre les victimes
Des « disputes » éclatent rapidement entre le fugitif et Angela Legobien-Cadillac, « mécontente » de découvrir la présence de l’ex-compagne. Selon les éléments recueillis par Le Monde dans des documents d’enquête inédits, ces altercations vont mener au drame.
Le double meurtre au Portugal
Le 22 mars marque le point de non-retour. L’altercation reprend à l’extérieur du véhicule. C’est à ce moment que Cédric Prizzon tue Angela Legobien-Cadillac. Il se dirige ensuite vers l’arrière de la voiture pour en extraire Audrey Cavalié.
Sous les yeux de son propre fils, il assassine également son ex-compagne, justifiant son geste en lui indiquant qu’il n’avait « pas le choix ». Les corps des deux femmes sont dissimulés à l’arrière du véhicule. L’ancien policier s’arrête ensuite dans un magasin agricole pour acquérir une pelle.
L’enfouissement des corps en pleine nuit
Durant la nuit du 22 au 23 mars, le suspect fait halte sur une route en terre du nord-est du Portugal. Il y creuse un trou pour dissimuler les dépouilles des deux victimes, contraignant son fils de 12 ans à faire le guet pendant cette macabre besogne.
L’interpellation et les indices d’une fuite vers l’Afrique
Le 24 mars, en milieu d’après-midi, les autorités portugaises interpellent l’ancien policier sur la route de Mêda, à une centaine de kilomètres plus au sud. Il est accompagné de ses deux enfants et présente de faux papiers aux gendarmes.
La fouille de son véhicule révèle un arsenal inquiétant : un fusil à pompe, plusieurs plaques d’immatriculation françaises et étrangères, ainsi que 17 000 euros en petites coupures. Selon la cour d’appel portugaise de Coimbra, ces éléments indiquent qu’il « se dirigeait vers l’Afrique du Nord ».
Un acte prémédité selon la justice portugaise
Dans son jugement du 29 avril, la cour d’appel de Coimbra dresse le portrait d’un homme ayant agi « dans la poursuite d’un plan qu’il avait élaboré avec sang froid ». Cette qualification contredit toute hypothèse d’un geste impulsif.
Le 26 mars, deux jours après son arrestation, Cédric Prizzon est présenté à un juge portugais. Il est mis en cause pour homicide aggravé, profanation de cadavre, violence domestique, possession illégale d’arme et falsification de documents.
Le bras de fer judiciaire entre Portugal et France
L’ancien policier demeure en détention provisoire au Portugal. Cependant, la cour d’appel de Coimbra reconnaît que les crimes présumés ont été commis « entièrement ou en partie sur le territoire national ». Une enquête pour enlèvement, séquestration et meurtres aggravés a été ouverte à Montpellier.
Les familles réclament un procès en France
Les avocats des familles des victimes militent ardemment pour un rapatriement complet de l’enquête. Fabien Arakelian, conseil de la famille d’Audrey Cavalié, déclare : « Nous avons deux victimes françaises et un auteur des faits français. J’espère que le bon sens juridique va l’emporter pour ne pas ajouter de la souffrance à de la souffrance ».
Elsa Cazor, avocate de la mère d’Angela Legobien-Cadillac, souligne les « antécédents de violence en France » du principal suspect et affirme : « La justice française le connaît et c’est à la lumière de tout ce que l’on sait de lui ici qu’il faut le juger ».
Cette affaire tragique, qui a transformé deux femmes en « disparues de l’Aveyron » avant de révéler l’horreur de leur sort, soulève désormais la question cruciale de la compétence judiciaire pour juger ce double féminicide présumé.

