Affaire Grégory : la mise en examen de la grand-tante relancée à Dijon
Quarante ans après la découverte du corps du petit Grégory dans la Vologne, l’affaire continue de susciter rebondissements et polémiques. La défense de Jacqueline Jacob, grand-tante de l’enfant, s’apprête à contester sa mise en examen devant la justice dijonnaise. Son avocat dénonce une enquête « irrécupérable » et accuse les autorités de chercher un bouc émissaire.
Une mise en examen contestée pour association de malfaiteurs
Jacqueline Jacob sera entendue mercredi par la chambre de l’instruction de la Cour d’appel de Dijon. Elle conteste sa mise en examen prononcée le 24 octobre dernier pour « association de malfaiteurs » en vue de la préparation à l’enlèvement.
Cette nouvelle procédure intervient après l’annulation en mai 2018 de poursuites plus graves. En 2017, la grand-tante avait déjà été mise en examen pour « enlèvement et séquestration suivie de mort », des charges abandonnées pour vice de forme.
La stratégie de la défense reposera notamment sur un point de droit concernant la prescription des faits reprochés à l’octogénaire.
Des expertises qui l’accusent d’être le corbeau
Les enquêteurs s’appuient sur une expertise réalisée en 2021 pour attribuer à Jacqueline Jacob trois lettres anonymes datant de 1983. L’une d’entre elles menaçait directement la famille : « Je vous ferez votre peau » (sic).
Plus troublant encore, selon ce même expert, elle aurait également rédigé la lettre du 16 octobre 1984 revendiquant le meurtre : « Voilà ma vengeance. Pauvre con ».
Une contre-expertise stylométrique est actuellement en cours pour vérifier ces conclusions.
La crainte d’un bouc émissaire
Me Frédéric Berna, avocat de Jacqueline Jacob, exprime ouvertement ses inquiétudes. Il a le sentiment qu’on « est en train d’essayer de faire de Mme Jacob un bouc émissaire ».
L’avocat craint qu’on « espère qu’elle va décéder et qu’on puisse dire + c’était elle, on a résolu l’affaire +. C’est ça que je crains ».
Une enquête qualifiée d’irrécupérable
Pour Me Berna, le dossier ne peut plus aboutir à la vérité. « L’enquête est à mon sens totalement irrécupérable », affirme-t-il sans détour. Selon lui, l’affaire « a très, très mal démarré » et constitue « une enquête pourrie au départ ».
Il illustre ses propos par un exemple édifiant : des échantillons d’eau prélevés dans les poumons de l’enfant, confiés au grand-père du juriste pour analyse, ont disparu. « Et on ne les a jamais revus. Ils ont été perdus », déplore-t-il.
Un coût financier démesuré
L’avocat dénonce également une « gabegie financière monstrueuse » avec des expertises évaluées à « plusieurs millions d’euros » qui n’ont « absolument rien apporté ».
Ces analyses successives ont désigné plus d’une vingtaine de corbeaux différents, y compris Christine Villemin, la mère, avant qu’elle ne soit finalement disculpée.
Quarante années d’errance judiciaire
Le bambin de quatre ans avait été retrouvé noyé dans la Vologne le 16 octobre 1984. Depuis, l’enquête a connu de nombreux soubresauts dramatiques.
En mars 1985, Bernard Laroche était assassiné. La même année, Christine Villemin, mère de l’enfant, était inculpée et écrouée avant d’obtenir un non-lieu en 1993.
Plus récemment, en 2017, Jean-Michel Lambert, le juge enquêteur initial, se suicidait. L’année suivante, trois mises en examen étaient annulées.
Un appel à clore le dossier
Face à ces décennies d’échecs, Me Berna plaide pour l’abandon des poursuites. « Cette affaire n’est plus résolvable. Il faut l’arrêter », martèle-t-il.
Selon lui, « la justice s’acharne en essayant de rattraper 40 ans d’errance ». Les avocats de Jacqueline Jacob qualifient les arguments des juges instructeurs de « farce ».

