À Marseille, justice frappe fort contre le baron de la drogue « Le Chat »
Le tribunal correctionnel de la cité phocéenne a accueilli cette semaine l’un des procès les plus importants dans la lutte contre les réseaux de stupéfiants. Vingt prévenus comparaissent pour leur implication présumée dans un vaste trafic de drogue qui aurait généré des bénéfices considérables. Au cœur des débats : Félix Bingui, alias « Le Chat », présenté comme une figure majeure du narcotrafic local.
Des réquisitions historiques contre le réseau
Le parquet a frappé fort lors de ses réquisitions. Contre Félix Bingui, la justice demande une peine de 16 années d’emprisonnement, assortie d’une amende pouvant atteindre 500 000 euros. Une période de sûreté des deux tiers de la peine est également sollicitée.
Son principal lieutenant, Mohamed Hussein Saleh, encourt quant à lui 12 ans de détention. Zine Eddine Belkai, qualifié de « grand gérant » des ventes et actuellement en cavale, fait l’objet d’une demande de 10 ans de prison.
Les autres membres du groupe ne sont pas épargnés, avec des peines variables selon leur degré d’implication dans l’organisation criminelle.
Un mode opératoire sophistiqué
L’enquête judiciaire, menée entre 2021 et 2023, a mis au jour un système parfaitement structuré. Les investigations ont mobilisé des moyens techniques importants : caméras de surveillance, interceptions téléphoniques et témoignages.
Plusieurs sites de distribution ont été identifiés, notamment celui surnommé « La Fontaine ». Chaque maillon de la chaîne avait sa fonction : équipes de vente sur le terrain, responsables de la gestion financière, personnel logistique.
Une violence urbaine sans précédent
Les batailles pour le contrôle des territoires ont plongé Marseille dans une spirale de violence en 2023. Le bilan est lourd : 52 personnes tuées et 124 blessées dans des règlements de comptes liés au trafic de stupéfiants.
Un train de vie incompatible avec ses déclarations
Malgré ses dénégations face aux magistrats, le style de vie de Félix Bingui interroge. L’homme affiche un quotidien fastueux : séjours répétés dans des établissements hôteliers prestigieux, collection de montres Rolex, déplacements systématiques en classe affaires.
Cette opulence contraste fortement avec l’absence d’activité professionnelle légale déclarée, renforçant les soupçons des enquêteurs sur l’origine de ses revenus.
Des qualifications judiciaires lourdes
Le représentant du ministère public n’a pas mâché ses mots, évoquant des « quantités astronomiques de drogues » et des « profits colossaux ». Les chefs d’accusation sont multiples : trafic de stupéfiants, association de malfaiteurs et blanchiment d’argent, le tout en situation de récidive.
Cette dimension de récidive constitue un élément aggravant majeur dans l’appréciation des faits par la juridiction.
La défense dénonce des peines exceptionnelles
Les avocats de la défense ont vivement réagi aux réquisitions. Me Philippe Ohayon, conseil de Félix Bingui, a qualifié ce procès de « laboratoire » pour des peines inédites en France.
Me Gaétan Poitevin, qui défend Mohamed Hussein Saleh, estime pour sa part que les sanctions demandées sont disproportionnées au regard des faits reprochés à son client.
L’issue attendue en fin de semaine
Les plaidoiries des avocats débuteront mardi prochain. Chaque défenseur aura l’opportunité de présenter ses arguments et de plaider les circonstances atténuantes pour son client.
Le délibéré devrait être rendu à la fin de la semaine, mettant un terme à ce procès fleuve qui marque une étape importante dans la lutte contre la criminalité organisée à Marseille.

